Mirindi: « La mort de John Bompengo est un coup dur pour la vérité »

Ancien membre de la garde rapprochée du président LD Kabila, Georges Mirindi vit en exil depuis plusieurs années dans un pays scandinave. Il donne son opinion sur le décès de John Bompengo, un des condamnés à perpétuité dans l’affaire dite de l’assassinat de Mzee LD Kabila. Pour lui, c’est un coup dur pour la vérité sur les circonstances exactes de la mort de Mzee. Selon Mirindi, des « sbires » de « Joseph Kabila » se trouveraient parmi les détenus à la prison de Makala. Mission: « achever le travail ». Il cite deux noms: Emmanuel Ndongo et Kot Diur. A en croire Mirindi, John Kabila qui servait en qualité d’officier d’ordonnance de l’ancien président « Kabila » faisait également partie des « tueurs » qui sévissaient à l’immeuble « GLM ». « Les témoins clés de la mort de Mzee Kabila sont en train de disparaitre un à un », clame-t-il. Pour ceux qui ne le savent pas, l’acronyme GLM signifie « Groupe Litho Moboti ».

Quel sentiment avez-vous éprouvé en apprenant le décès, le vendredi 12 juillet, de votre ancien collègue Jean Bompengo?

Je tiens d’emblée à vous dire que John Bompengo n’a jamais été mon collègue. Il était plutôt mon ex-bourreau. Il travaillait au « GLM » où était basé une unité placée sous le commandement du colonel Eddy Kapend.

Le mot « GLM » évoquait à l’époque un centre de torture…

Effectivement! C’est le lieu où se déroulaient les tortures et les exécutions sommaires. La mort de John Bompengo est un coup dur pour la vérité. Il y a eu une série des morts parmi ces gens que le régime avait mis aux arrêts. Depuis toutes ces années, on dénombre une dizaine de morts suspectes dont John Bompengo. Ce sont des gens qui détiennent  une partie de la vérité.

Devrait-on considérer la disparition de Bompengo comme celle d’un « témoin gênant » de moins pour « Joseph Kabila »?

Effectivement! C’est un témoin gênant de moins. Il y a eu déjà des morts. C’est le cas notamment de:  Patrick Kilayi Mangalalu,  Panda Fariala, Jacques Kakwata, Oscar Mayembe, Salumu Mubekwa Sharp Sharp et le « vieux » général Yav Nawej. Ce « beau monde » est composé des gens qui détenaient une grande part de vérité.

Il y a aussi Rocky Byamungu…

Rocky Byamungu est une autre série de morts qui n’est pas à insérer parmi les personnes que je viens d’énumérer. Nico Byavura et Rocky Kaciko Byamungu sont morts à la suite des séquelles des tortures subies.

Pouvez-vous confirmer l’information généralement répandue selon laquelle Bompengo aurait fait partie du « peloton d’exécution » qui avait massacré onze citoyens libanais?

Effectivement! Bompengo est un « monstre » qui a été éliminé. Cet homme a commencé à massacrer bien avant l’affaire de ces malheureux libanais. Il avait reçu cette mission d’Eddy Kapend et de « Joseph Kabila ». Cette « mission » a débuté bien avant la disparition de Mzee Kabila.

Le Mzee Kabila était-il au courant de l’existence de cette espèce d’ « escadron de la mort » au GLM?

Le Mzee était au courant. Comme vous avez pu noter dans le livre que je viens de publier, le GLM était au départ sous l’autorité du neveu de Mzee,  Jean-Claude Kifwa, alias Tango-Tango. Celui-ci était le commandant du GSSP, une brigade de sécurité présidentielle. Le « QG » du GSSP était basé dans l’immeuble « GLM ». Comme « Tango-Tango » semblait gêner les activités de « Joseph » et Eddy Kapend, ces derniers se sont arrangés pour éparpiller les membres de cette unité. C’était peu avant la mort de Mzee Kabila, Jean-Claude Kifwa fut remplacé par le général Yav Nawej qui était plus facile à contrôler. C’est ainsi que le GLM a commencé à opérer. Je ne peux pas vous dire si le Mzee Kabila était au courant de tout ce qui s’y passait. Lorsqu’il y a eu l’arrestation d’Anselme Masasu ainsi que celle de 300 « libérateurs » originaires du Kivu, tous ces gens ont été exécutés par Jean Bompengo.

John Bompengo fut donc un « tueur à gage »…

Un tueur à gage! C’est un type qui était une source d’inspiration pour le procureur Charles Alamba. Quand Bompengo descendait dans la cave du GLM, c’était la terreur. Il « distribuait » la mort sans motif. Il n’était pas seul. Il y avait aussi John Kabila, Yav Ditend et les autres.

Vous avez parlé de John Kabila. S’agit-il de l’homme qui était récemment encore l’officier d’ordonnance de l’ancien président « Joseph Kabila »?

Effectivement! John Kabila travaillait de concert avec John Bompengo et Henri Katandula.

Etes-vous en train de dire que John Kabila faisait partie des « tueurs » du régime sous « Joseph Kabila »?

Absolument!

D’après vous, John Kabila et John Bompengo faisait le même « boulot ». Comment expliquez-vous que le premier ait bénéficié d’un traitement privilégié?

Je ne peux pas répondre à cette question. Il faudrait des enquêtes indépendantes pour clarifier cette situation. Une chose paraît sûre: les témoins-clés de la mort de Mzee sont en train de disparaître l’un après l’autre. Et ce même ceux qui sont en prison avec Kapend. Il y en a qui font du « sale boulot » pour le compte de l’ancien régime. C’est le cas notamment d’Emmanuel Ndongo et de Kot Diur. Bien que privés de liberté depuis plusieurs années, ces derniers sont en train de construire des villas dans la ville de Kinshasa. Ils sortent souvent de la prison pour festoyer avec des proches. Ils sont bien encadrés par les tenants de l’ancien régime. John Bompengo a été envoyé de Makala à Angenga. Ce « déménagement » n’était pas fortuit. Le régime entendait éloigner ces gens qui détiennent des secrets d’Etat. Ce sont des individus que le régime essaie d’encadrer autant qu’il peut. Le pouvoir leur donne quelques « attributs » même dans le lieu carcéral. Certains de ces tueurs sont devenus gouverneurs de province. Ils gagnent énormément de l’argent.  Le régime les rétribuait en contrepartie de leur silence.

Lorsqu’on parcourt la liste des condamnés du procès sur la mort de Mzee, on note que vous figurez dans le groupe des « condamnés à mort ». John Bompengo, lui, fait partie des « condamnés à perpétuité ». Comment expliquez-vous cette différence de « traitement »? Etiez-vous « plus fautif » que Bompengo?

En vérité, les juges à la Cour d’ordre militaire ont distribué les peines au gré de leur fantaisie. Ils n’avaient cure des preuves de culpabilité. En fait, le régime a mis pêle-mêle victimes et bourreaux. C’était déjà un coup dur asséné à la vérité. En prison, le régime encadrait les véritables victimes à travers les bourreaux qui sont dans la prison. J’essaie de démontrer dans mon livre que la vérité a été occultée. Personne n’a mené des enquêté sur les crimes commis par ces « monstres ». La Cour d’ordre militaire a fait semblant de les condamner globalement avec les victimes. C’est bien cette situation que je dénonce. Il devait y avoir un procès à part entière rien que sur le meurtre des Libanais. On a mis ensemble les Yav Nawej, John Bompengo et Eddy Kapend avec des pauvres innocents qu’on a raflés à Kinshasa et à Brazzaville.

Depuis quelques semaines, des organisations non gouvernementales demandent la libération du colonel Eddy Kapend et consorts. On a vu des « mamans » battre le pavé dans la capitale dans le même sens. Qu’en pensez-vous?

Je pense qu’Eddy Kapend devrait être libéré. Et ce tout simplement parce qu’il n’a jamais été condamné sur base des faits matériels qui lui sont imputables. Il avait commis des massacres à haute échelle.

Vous avez dit: « des massacres à haute échelle ». Pouvez-vous être plus explicite?

Vous savez sans doute que 300 originaires du Sud Kivu ont été éliminés physiquement à Pweto et au GLM. C’est Eddy Kapend qui donnait les ordres. Il n’est pas l’unique responsable. Reste qu’il y a eu des massacres. S’agissant des circonstances exactes de la mort de Mzee Kabila, la vérité n’a pas été dite. Le procès organisé n’a pas été équitable. Comme Kapend a été condamné de manière irrégulière, je pense qu’il devrait être libéré.

Faudrait-il un nouveau procès sur l’assassinat de LD Kabila?

Absolument! Comment voulez-vous qu’on passe par pertes et profits tous ces exécutions sommaires suivies d’une parodie de procès où des gens ont été condamnés à mort ou à perpétuité sans qu’on détermine la responsabilité de chacun en répondant à la question cruciale: qui a fait quoi? Au lendemain du décès de Bompengo, j’ai reçu un message de « consorts » qui sont en prison. Le message est libellé comme suit: « Mon cher, nous nous posons une seule question: à qui le tour? En attendant, nous continuons à survivre à Makala au milieu de nos bourreaux ». « Au milieu de nos bourreaux » veut dire que des hommes qui ont été sous le commandement de Kapend se trouvent dans la même prison que leurs victimes.

Pouvez-vous citer les noms de ces « bourreaux » qui sont à Makala?

Je vous ai cité Emmanuel Ndongo et Kot Diur. Ils sont à Makala avec Eddy Kapend.

Pourquoi, selon vous, ces bourreaux ne s’en prennent-ils pas à Kapend?

Je ne pourrai pas répondre à cette question. En revanche, je me pose la question de savoir pourquoi, ils ont éliminé les autres. En fait, ils n’éliminent pas pour éliminer. Ils éliminent les « sujets dangereux ». C’est-à-dire ceux qui détiennent une part du secret. Tous ceux qui ont été tués (Salumu Mubekwa, Panda Fariala…). A un moment donné, il y a eu « élimination à petit feu ». Quand on analyse la situation de tous ceux qui sont morts en prison, il est loisible de constater qu’il ne s’agit pas de « victimes réelles ». En fait, il n’y a que deux victimes réelles. Les autres qui sont là-bas sont en réalité des « grands bourreaux » dont les mains sont tâchées de sang. Ils ont commis des tortures et des exécutions soit à Kibomango soit au GLM. Si Eddy Kapend est épargné, c’est tout simplement parce qu’il continue à garder le secret. Dans mon livre, je rapporte que lorsqu’il était mis un jour en difficulté lors du procès, Kapend avait menacé de « dire toute la vérité ». Il avait exigé que ce soit lors d’une audience publique parce que, disait-il, « il en avait marre » d’être accusé. Il était prêt à tout dévoiler. C’est ainsi que le procureur Charles Alamba et le ministre Mwenze Kongolo imposèrent le huis clos. Il s’en est suivi des « négociations secrètes ». Kapend a finalement été empêché de vider son sac. Depuis lors, il s’est muré dans le silence. D’ailleurs, il a insinué récemment que les véritables assassins de Mzee sont au pouvoir. L’homme détient une bonne partie de la vérité. J’estime que sa présence en prison n’est pas justifiée. Il se trouve parmi ses victimes. Il n’a pas été jugé pour les crimes commis avec la complicité de Joseph Kabila et  Mwenze Kongolo.

Y a-t-il un feed-back après la publication de votre ouvrage?

J’ai noté que ce livre dérange parce que je donne ma version des faits par rapport au « grand mensonge » que les puissants du moment ont fait véhiculé ici et là. Je me demande si la mort de John Bompengo n’est pas la conséquence de la publication de mon ouvrage. Je me suis efforcé de le décrire dans ses œuvres. A savoir qu’il a été envoyé par le pouvoir. Il n’a pas seulement torturé et tué. Il a aussi conçu des « versions des faits » devenues très célèbres.

Un exemple?

C’est Bompengo qui avait prétendu que j’étais le complice du présumé assassin de Mzee. C’est une version qui a été « fabriquée » sous mes yeux par John Bompengo au GLM. Lors du procès, ses dépositions étaient assimilées à la vérité biblique. Dans mon livre, je parle de Bompengo quand il torturait la dame Charlotte Atandjo. Celle-ci était l’accusatrice de plusieurs autres prisonniers. A propos de mon livre, j’ai reçu un coup de fil de la maison d’édition m’informant qu’elle subissait des « terribles pressions politiques ».

Des pressions exercées par qui?

Quand j’ai posé cette question, la maison d’édition s’est abritée derrière le « secret professionnel ». Elle m’a simplement signifié qu’elle ne pouvait plus poursuivre la collaboration avec moi. Au motif que mon ouvrage était « politiquement sensible ». Quelques jours après, j’ai constaté que le bouquin n’était plus disponible sur le marché. J’attends une autre opportunité.

Qu’en est-il des exemplaires qui étaient déjà imprimés?

Je n’ai aucune nouvelle. La maison d’édition a promis de me rembourser une partie des frais. Ce qui se fait actuellement pour me permettre de continuer cette « aventure » autrement. Je suspecte les « puissants » qui sont à gauche et à droite qui ont empêché la diffusion de cet ouvrage.

Avez-vous déjà croisé dans votre exil l’ancien condamné Antoine Vumilia?

Antoine Vumilia faisait partie des bourreaux

Dans le documentaire réalisé par Arnaud Zajtman, Vumilia se présente plutôt en « victime »…

Effectivement! Je vous ai dit que ce sont les bourreaux qui définissent le cadre de survie des victimes. Antoine Vumilia et John Bompengo faisaient partie de ceux qui ont servi le pouvoir dans la confection des versions que j’ai évoqué précédemment. On ne peut pas refuser à Antoine Vumilia de se considérer comme une des « victimes » dans la mesure où il n’a pas été jugé et condamné sur la base des faits matériels qu’il avait commis. On peut dire autant pour Kapend. Il reste que les mensonges débités par Vumilia ont été à la base des sévices subis par de nombreuses personnes innocentes dont des collègues à lui.

Etes-vous en train d’insinuer que son évasion n’était qu’une mise en scène montée par le pouvoir?

Tout est possible! Il me parait étonnant qu’il ait pu quitter la prison de la diffusion de ce documentaire. Je suis d’avis qu’il n’a pas été condamné sur base des « fautes » commises. Il a de ce fait droit à sa liberté. En revanche, son évasion reste un grand point d’interrogation. J’ai la conviction que  documentaire de Zajtman a été réalisé avec la « bénédiction » d’Eddy Kapend et de Mwenze Kongolo.

 

Propos recueillis par Baudouin Amba Wetshi

One thought on “Mirindi: « La mort de John Bompengo est un coup dur pour la vérité »

  1. Comme je l’avais dit une fois, je crains que plus les témoins et protagonistes de cet assassinat s’expriment moins on y trouve un fil conducteur des motivations et conditions sur cette tragédie.
    Peut-être que les uns et les autres défendent ou n’y voient d’abord que la position dans laquelle ils se trouvaient d’autant que la vérité essentielle ne peut être vraiment accessible qu’à travers la vérité de ses commanditaires. Et ses derniers ne viendront pas à ce stade nous faire leurs confessions du coup les protagonistes qui s’expriment qui ne sont d’une façon ou d’une autre que des exécutants viendront nous brosser leurs révélations tantôt en victimes tantôt en bourreaux d’un engrenage des faits qui leur échappe et ne nous donneront pas le mot final.
    Avec la disparition progressive des témoins la vérité de l’assassinat de LDK s’éloigne davantage…

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