Quelques leçons à tirer des élections en RDC

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Depuis belle lurette, le peuple congolais n’a eu de cesse que de vivre en toute dignité sur le sol de ses ancêtres. Le droit d’aller et venir sur son territoire en toute sécurité, manger convenablement, dormir tranquillement, éduquer ses enfants, bénéficier des soins médicaux en cas de maladie… sont des besoins basiques. Au Congo, cela semblait relever du luxe. Il va sans dire que ces aspirations légitimes ne peuvent être atteintes que dans un environnement sécurisé et organisé pour l’intérêt de tous sur le plan politique, juridique, économique, social, spirituel et écologique.

Pour ce faire, le pays a besoin de se doter souverainement des autorités légitimes et démocratiquement élues. Le cadre législatif doit être juste et cohérent, avec la garantie des droits pour tous. Tout le monde serait soumis à la loi. Le programme de la majorité au pouvoir serait exécuté dans le respect des prérogatives de la minorité, que celle-ci s’appelle opposition ou autre choix. C’est cela l’Etat de droit, si cher à feu Etienne Tshisekedi.

La plate-forme qui a gagné les élections du 30 décembre 2018 nous promet de s’engager sur cette voie. Nous prenons acte de cet engagement devant l’Histoire. Il n’y a pas de raison de ne pas faire confiance aux nouvelles autorités. Il n’y a pas non plus de raison de baisser la garde. Certes, il faut demeurer vigilant mais il ne faut pas non plus leur faire un procès d’intention. Les élections ont permis une alternance pour mettre sous le boisseau la gouvernance de la gabegie où régnait seule la loi du plus fort et de l’impunité.

La seule et unique certitude, c’est que la grande majorité des Congolais ne voulaient plus de Joseph Kabila à la tête du pays. Y a-t-il eu des pressions sur lui pour qu’il ne brigue pas un troisième mandat? Poser la question, c’est y répondre. Cela dit, il aurait pu s’entêter et se lancer dans une entreprise funeste avec les conséquences incommensurables pour ses proches et pour lui-même. Les mêmes qui l’ont adoubé jadis lui ont tourné le dos. Ses mentors à l’instar de Louis Michel et des Libéraux belges francophones ont jeté leur dévolu sur Moise Katumbi et ses sous-traitants. Pendant ce temps, l’Amérique de Trump se voyait mal collaborer avec des gens qui entretenaient des relations commerciales réelles ou supposées avec les Iraniens et les Nord-Coréens.

Il se murmure que l’administration Trump ne voit pas toujours de bon œil l’influence des Clinton et de Soros avec notamment leur bras armé au Rwanda et en Ouganda en ce qui concerne l’Afrique. Qui ignore que les milices et groupes rebelles qui sévissent dans l’Est du Congo sont montés de toutes pièces pour que les multinationales fassent main basse sur le Congo? Le Président rwandais parle à Joseph Kabila comme à un enfant qui, dit-il, n’a même pas été capable de se maintenir au pouvoir à défaut de faire passer son dauphin Emmanuel Ramazani Shadary. Se croyant en terrain conquis, Kagame a été d’une arrogance éhontée face à l’annonce des résultats par la Commission électorale. Dieu merci, Félix Tshisekedi a du répondant. Il l’a assuré du maintien de ses intérêts au Congo moyennant paiement des taxes et cessation des conflits à l’Est du pays dont le Rwanda est largement responsable. Notre Prix Nobel de la paix, le docteur Mukwege n’avait d’ailleurs pas dit autre chose à Oslo.

Il y a donc eu un alignement des étoiles en faveur du changement. Donald Trump voulait bouleverser l’ordre ante. Kabila lui-même ne comprenait pas pourquoi, sous prétexte qu’il s’était un peu trop rapproché des Russes et des Chinois, l’Occident lui refusait ce qu’il octroyait aux autres, c’est-à-dire le tripatouillage de la Constitution et le maintien au pouvoir ad vitam aeternam. En l’occurrence, les Présidents Sassou du Congo-Brazzaville, Kagame du Rwanda, Museveni de l’Ouganda ou Paul Biya du Caméroun ne sont pas des champions de l’alternance démocratique. Dépassant même ses attributions, l’Union africaine, ce gentil club des dictateurs s’est permis d’intimer l’ordre à la Cour constitutionnelle de surseoir à publier les résultats définitifs des élections.

Fustigeant cette instrumentalisation du tribunal suprême d’un pays souverain, la rue de Kinshasa s’apprêtait à réserver un accueil houleux à Paul Kagame et à sa délégation. Certains avaient préparé des pancartes à l’effigie de Patrick Karegeya dont l’assassinat serait imputé à Kigali. De même, les photos du général Kayumba Nyamwasa, cet opposant rwandais qui a échappé plusieurs fois aux attentats en Afrique du Sud. D’autres avaient prévu de scander les noms des prisonniers politiques au Rwanda. Dans toutes les chaumières de Kinshasa, on n’avait jamais autant parlé du traitement réservé à la majorité hutue depuis l’avènement du Front patriotique et de la minorité tutsie au pouvoir.

Moins de quatre heures après la publication des résultats, dans une émission matinale chez Jean-Pierre Elkabbach, le ministre français des Affaires étrangères mettait déjà en doute le verdict des urnes. Breton, ancien maire de Lorient, Jean-Yves Le Drian est petit-fils d’un docker et d’un infirmier. Autrefois considéré comme humaniste, il a vendu son âme en voulant semer le chaos en Afrique. On se souviendra qu’en Libye, sous son impulsion, la France bouffe à tous les râteliers en armant tous les protagonistes. Au Mali, la France joue en eaux troubles au point de sacrifier la vie des journalistes français au nom de la realpolitik. En Centrafrique, Le Drian a couvert des violeurs et des pédophiles du contingent français à Bangui. Quand la presse anglo-saxonne a révélé ces crimes, la justice française s’est emparée de l’affaire pour la solder en catimini par un non-lieu…

On peut raisonnablement se demander si les principes universels de démocratie, de droits de l’homme et de souveraineté s’arrêtent aux frontières des pays occidentaux. L’Afrique serait-elle juste un terrain vague sans êtres humains et ne regorgeant que de matières premières stratégiques? Au Conseil de sécurité de l’ONU, la Belgique a hypocritement fait profil bas en refilant la patate chaude à la France. Heureusement, les Etats-Unis, l’Egypte, l’Indonésie et surtout l’Afrique du Sud ont tenu bon. Les menaces de Paul Kagame et son dernier séjour à Paris en compagnie de Museveni ne sont pas de bon augure. Néanmoins, le Congo uni vaincra. Nous devons tous soutenir les nouvelles autorités.

A titre personnel, je lance un appel à la concorde nationale. Il court une rumeur selon laquelle les ressortissants du Kasaï auraient envisagé de constituer des groupes d’autodéfense afin, dit-on, de ne pas continuer à mourir comme des moutons. Leur colère peut s’expliquer après les épisodes douloureux du Katanga jadis ainsi que les événements horribles de Kikwit et de Kinshasa (Camp Luka et Masina…). Mais, ce n’est pas la voie à suivre. Les élections sont très importantes dans la vie politique d’un pays mais la cohésion nationale est encore plus importante. Que nous restera-t-il quand s’installeront le chaos et la balkanisation? In omnibus respice finem, disaient les Romains. A ce titre les leaders d’opinion doivent avoir le sens des responsabilités et de la mesure. Pensons à ce qu’on reprochait au Président Joseph Kasa-Vubu lorsqu’il disait que le Congo n’était pas une nation mais une nation à bâtir. Il est où notre vouloir vivre ensemble. Joseph Kasa-Vubu avait peut-être raison avant tout le monde.

Le Président Félix Tshisekedi va réussir grâce à l’appui de tous. Mes camarades constitutionnalistes prétendent qu’il y aurait « cohabitation ». Je m’inscris en faux contre ce formalisme excessif. Le moment venu, j’en discuterai avec mes confrères. N’oublions pas qu’il y a une dynamique de changement avec l’élection présidentielle. Les députés, fussent-ils du FCC, n’ont pas été élus sur un programme mais grâce aux accointances personnelles et à certaines réalités locales. Le Président de la République a le loisir de nommer une personnalité avec une équipe susceptible d’exécuter sa feuille de route, sans doute avec quelques nuances et aménagements.

Le programme de Shadari n’était pas le référant pour les législatives. Dans l’avenir, nous proposerons au chef de l’Etat la mise en place d’un laboratoire d’idées et de prospective. De même, faudra-t-il, une réorientation forte de notre appareil diplomatique afin de faire entendre notre voix et surtout de viser le développement socio-économique de notre pays. En nous focalisant sur l’élection présidentielle, nous ne nous sommes peut-être pas assez préoccupés des élections législatives et provinciales.

« Après l’indépendance égal avant l’indépendance », s’exclamait un certain général Janssens devant l’Armée congolaise en 1960. On sait ce qu’il en est advenu. Les coups bas et les mauvaises habitudes continuent ça et là. On continue à nommer certains ambassadeurs dits itinérants sans que le nouveau président ait apposé sa signature, donc illégalement. Le 25 janvier 2019, le Président Tshisekedi était déjà en fonction.

Peu importe, le parallélisme des formes et des compétences réglera la question. Certains services de police se croient autorisés à sévir comme par le passé. Les nominations nouvelles tous azimuts et très souvent antidatées ont failli ternir la philosophie du nouveau Chef de l’Etat. Il a chaque fois été bien inspiré et a fait un « sans faute » pour son début.

Ne boudons pas notre plaisir même si le chemin sera parsemé d’embûches. Merci et bravo à Vital Kamerhe, le « faiseur de rois ». Merci et bravo à Jean-Marc Kabund pour sa droiture et sa ténacité.

Que Dieu bénisse la République Démocratique du Congo!
Bonne chance au Président Félix Tshisekedi Tshilombo!

 

Par Me Joseph Ngandu, juriste
Fribourg / Suisse

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