Questions directes à Jean-Philippe Donge

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Agé de 31 ans, ingénieur de gestion (UCL), Jean-Phillipe Donge, travaille dans une société luxembourgeoise (Grand Duché) spécialisée dans la gestion de portefeuilles sur les marchés obligataires internationaux au sein des économies émergentes. En marge de ses activités professionnelles, « Jean-Philippe » est à la tête d’une association dénommée « Club du Congo », composée de près de 200 membres. Le groupement ambitionne de devenir un fonds d’investissement.

« Les Congolais doivent quitter le canevas du don et de la charité pour rentrer dans celui de l’investissement »

Pouvez-vous expliquer ce qu’est au juste le « Club du Congo »?

C’est un fonds qui regroupe l’épargne des membres de la communauté congolaise qui résident aux quatre coins du monde. Et ce y compris à Kinshasa et à Lubumbashi. C’est un fonds d’investissements dédié à la communauté congolaise.

Quels sont les objectifs de votre club?

Le but du Club du Congo est de contribuer à l’émancipation de la communauté congolaise.

Concrètement, comment?

Concrètement, par le biais financier. Comme vous le savez, la finance internationale a acquis aujourd’hui un pouvoir qui le place au-dessus des Etats. Ce sont les milieux financiers internationaux qui décident sur la destinée des nations. Si nous voulons cesser d’être des observateurs passifs, il est temps que nous puissions embrasser cette sphère financière.

Si je vous comprends bien, vous voulez inviter les Congolais à adhérer à votre Club?

Exactement. J’appelle les compatriotes qui auront l’opportunité de me lire à devenir membre du Club du Congo, à se fédérer autour de cette structure financière.

Quelles sont les conditions d’adhésion?

L’adhésion est ouverte à toute personne majeure, de préférence de nationalité congolaise. L’adhérent est tenu de verser mensuellement un montant minimum de 15 €. Il doit pouvoir certifier que l’argent investit dans le groupe est « propre ». Il est important de savoir que le Club ne vise pas de « business » d’une durée de six mois. Il s’agit de placements à long terme.

Quelle en est la contrepartie?

Je tiens à préciser que tout membre du Club a le droit de gérer et de retirer ses avoirs quand il le souhaite. De même, il participe aux investissements de la communauté. Et en fonction de la progression des placements communs, chaque membre perçoit des bénéfices. A titre d’illustration, jusqu’à présent, nous avons enregistré, ces derniers mois, une progression de 30% sur notre principal fonds. A titre d’illustration, un investissement d’un millier d’euros, fait il y a un an, rapporterait aujourd’hui près de mille trois cent euros.

Le Club du Congo voudrait donc inciter les Congolais à développer la culture de l’épargne?

Le Club voudrait surtout encourager les Congolais à épargner ensemble. Ainsi, arriver à constituer un fonds d’investissements qui pourrait être – et qui sera très probablement – le prélude de ce qu’on pourrait appeler le marché des capitaux congolais. Ce fonds pourra financer des entreprises congolaises. Suivant une logique de rentabilité, on pourrait ainsi faire rencontrer les épargnants et les entrepreneurs de la même communauté, en quête des capitaux.

Dans quelle banque sont logés les avoirs du Club du Congo?

Les avoirs du Club – 25.000 d’euros à ce jour – se trouvent dans une banque européenne.

Et pourquoi pas dans une institution bancaire congolaise?

(Rires). Les membres du groupe ne le souhaitent pas pour le moment.

Nombreux sont les investisseurs potentiels qui déplorent l’insécurité juridique et judiciaire qui prévaut en RD Congo. Est-ce également votre avis?

Certainement. En plaçant ses ressources dans une banque européenne, le Club du Congo bénéficie de la sécurité que l’Union européenne garantit à la communauté des épargnants.

Selon certaines sources, des Congolais de France projetteraient de mettre sur pied une caisse d’épargne. Un tel projet est-il envisageable en Belgique? N’est-ce pas étonnant de constater l’absence, en Belgique, d’une institution bancaire congolaise à l’instar de la communauté maghrébine?

Cette caisse d’épargne sera-t-elle à capitaux congolais ou, à nouveau, à capitaux étrangers? C’est la question que je me pose. En tous cas, le Club du Congo n’est pas une banque. C’est un fonds qui demain pourrait – pourquoi pas? – acquérir une banque.

Dans une tribune publiée dans la rubrique « Opinion & débat » de Congo Indépendant, vous exhortez les Congolais à orienter leur épargne vers les secteurs productifs. Pouvez-vous expliciter votre pensée?

J’ai voulu inviter mes compatriotes à sortir de ce canevas de dons et de la charité pour rentrer dans le canevas de l’investissement. Investir dans l’avenir. Pour investir dans l’avenir tous ensembles, nous devons collecter une partie de nos revenus pour la déployer efficacement vers des outils productifs. Par exemple: créer une usine de fabrication de bicyclettes. Cette usine va générer de l’emploi. Les travailleurs pourront ainsi avoir des revenus pouvant leur permettre de satisfaire un certain nombre de besoins. C’est le cas notamment de soins médicaux. C’est à partir de ce moment que la charité et le développement feront bon ménage.

Selon vous, il faudrait donc tenter une autre stratégie?

Bien évidemment. Cela fait des décennies que la population congolaise vit grâce à une sorte d’aumône. Les Congolais de l’étranger ne cessent d’envoyer de l’argent et autres biens vers les parents restés au pays. Le constat est là: il n’y a aucune amélioration. Bien au contraire. La situation va de mal en pis. Le moment est venu de faire le point. Nous devons regarder tout autour de nous. Il y a des modèles à suivre en Occident, en Asie voire même en Afrique. Pour citer le cas de l’Ethiopie, il a été prouvé dans ce pays que l’investissement est le seul mécanisme capable de générer le bien-être des peuples.

Avez-vous un projet en cours de réalisation?

Nous avons fait un appel à souscription pour un projet immobilier. Les souscriptions sont entrain d’être libérées. « Il ne faut pas être effrayé de progresser lentement mais plutôt de faire du surplace », dit un dicton. Notre progression est positive. Nous entendons élargir notre politique d’investissement aux sociétés établies au Congo mais cotées sur les bourses étrangères. Nous commençons à accumuler des parts dans certaines de ces entreprises. C’est le cas notamment de Katanga Mining Limited et Mwana Africa.

Quel en est l’objectif?

L’objectif n’est pas de financer ces sociétés. Il s’agit d’entrer dans le capital. C’est le seul moyen de constituer un actionnariat fort. Il existe aujourd’hui, dans la Bourse de Toronto, des sociétés dont le capital ne s’élève qu’à 20 millions de dollar canadien. Ce qui signifie qu’avec quelques millions de dollars, vous pouvez acquérir 20 à 25% des parts. A titre d’exemple, les membres du Club du Congo détiennent 0,06% du capital d’une société qui a des concessions du coltan et d’or dans la province du Nord Kivu. Voilà pourquoi, j’ai la profonde conviction que le fonds d’investissements a l’avantage de rencontrer le souci d’épargne et du placement dans l’économie de notre pays.

 

Propos recueillis par Baudouin Amba Wetshi

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