JB Sondji: « Pas d’élections libres et transparentes avec Kabila »

Docteur en médecine, ancien ministre de la Santé sous le président Laurent-Désiré Kabila, Jean-Baptiste Sondji a été co-fondateur du « Front patriotique pour le renouveau et le progrès ». Ce parti a été la toute première formation politique à clamer haut et fort son soutien à l’AFDL (Alliance des forces démocratiques pour la libération du Congo). C’était au début de l’année 1997. A l’instar de nombreux Zaïrois d’alors en quête du « renouveau », le « Front » avait mordu à l’hameçon. Les « libérateurs » conduits par Mzee n’avaient-ils pas promis d’instaurer l’Etat de droit et d’achever le processus de démocratisation? Docteur Sondji fait partie de ceux qu’on pourrait appeler aujourd’hui les « intellectuels catholiques ». L’homme se présente comme un simple « activiste politique ». Dimanche 21 janvier, « JBS » se trouvait à la paroisse Saint François de Salles dans la commune kinoise de Kintambo lorsqu’une rafale d’automitrailleuse a ôté la vie à une jeune congolaise. Interview.

Quel sentiment éprouvez-vous 48 heures après la répression de la deuxième marche organisée par le Comité Laïc de Coordination?

Le constat est là: le pouvoir s’entête. Nous constatons, en revanche, une adhésion de plus en plus importante de la population dans la dynamique lancée par le Comité Laïc de Coordination. La population paraît déterminée à en découdre avec le « système ». C’est le fait le plus important à retenir. D’autres confessions commencent à faire la même lecture de la situation. C’est le cas notamment des protestants et des musulmans.

Le combat ne risque-t-il pas d’être inégal face à l’armada de « Kabila »?

Malgré les moyens détenus par l’armée et la police, la population est très déterminée

Avez-vous des nouvelles de la jeune fille qui a été fauchée sous vos yeux?

Effectivement! Il s’agit de la fille d’un colonel de police. Le prêtre qui officiait la messe le dimanche fatidique n’est autre que son oncle. Le père de la défunte est venu voir l’endroit où sa fille était tombée. Les traces de sang n’étaient pas encore nettoyées.

Dans le communiqué publié lundi 22 janvier par le Comité Laïc de Coordination, il est écrit notamment que « nous irons jusqu’au bout ». Selon vous, que va-t-il se passer maintenant?

Il est clair qu’on ne va pas capituler. On ne va pas abandonner. D’autres manifestations pacifiques seront organisées. Il sera difficile, au stade où l’on se trouve, de faire machine arrière.

Selon des sources sécuritaires, le pouvoir kabiliste entend poursuivre les animateurs du « CLC » du chef d’insurrection et d’atteinte à la sûreté de l’Etat. Votre réaction?

C’est la rengaine habituelle. Peut-on franchement attenter à la sûreté de l’Etat avec des bibles et des chapelets? Ce sont des intimidations. On est habitué. Nous sommes dans une situation de lutte voire de « guerre ». Chaque camp fourbit ses armes. Une chose est sûre: nous n’allons plus reculer

Après la répression du 31 décembre 2017 et celle du 21 janvier 2018, croyez-vous que des élections libres et transparentes peuvent être organisées avec « Joseph Kabila » à la tête du pays?

Non! Je ne le crois pas. Personne n’y croit. Il n’y aura pas d’élections dignes de ce nom tant que Joseph Kabila sera à la tête du pays. Pour lui, il est hors de question qu’il quitte le pouvoir. Il va recourir à des subterfuges pour s’y maintenir.

Dans une interview accordée à RFI mardi 23 janvier, la ministre des Droits Humains Marie-Ange Mushobekwa a déclaré notamment: « (…). L’église ne devrait pas prendre ouvertement parti pour certains et livrer d’autres au lynchage ». Pensez-vous que l’église catholique soutient un camp au détriment d’un autre?

Absolument pas! C’est ça l’erreur d’analyse que commettent les gouvernants en place. Pensez-vous sérieusement que les animateurs du « CLC » ont attendu le Pape François ou le cardinal Laurent Monsengwo pour prendre conscience que le Congo n’est pas conduit dans la bonne direction? Pensez-vous qu’ils avaient besoin de l’autorisation du Cardinal pour prendre des initiatives?

Des voix s’élèvent pour déplorer le silence légendaire de « Joseph Kabila ». Celui-ci n’a pas exprimé la « compassion nationale » vis-à-vis des parents et proches des victimes. Votre avis?

Ce n’est pas nouveau. D’ailleurs, c’est lui qui est à la base de la situation que nous déplorons. La population n’attend rien de lui.

Vous avez été ministre de la Santé du président Laurent-Désiré Kabila. S’il vous était donné d’être en face de « Joseph Kabila », que lui diriez-vous?

En 2006, je faisais partie de ceux qui pensaient qu’il ne devait pas se présenter à l’élection présidentielle. Et ce pour la simple raison qu’il n’avait pas mis à profit la période de transition pour se former dans la gestion des affaires publiques. Je ne suis pas surpris par la dérive dans laquelle il a plongé notre pays. S’il y avait des négociations aujourd’hui, ce ne serait que pour discuter des modalités de son départ. Ce pays ne pourra jamais s’occuper des questions de développement aussi longtemps que Joseph Kabila sera à sa tête

 

Propos recueillis par Baudouin Amba Wetshi © Congoindépendant 2003-2018