Justice Militaire: Tshibangu « plus dangereux » que l’ex-chef milicien « Gédéon »?

Après 23 mois de « garde à vue » dans un cachot de l’ex-Demiap (Renseignements militaires) et à la prison de Ndolo, le colonel dissident John Tshibangu a été assigné à résidence, samedi 4 janvier 2020, au Centre catholique Nganda à Kinshasa. A Lubumbashi, condamné à mort pour crimes contre l’humanité, l’ex-chef milicien Kyungu Mutanga, alias « Gédéon », jouit de sa totale liberté d’aller et de venir. Il hume l’air dans une villa située au Quartier Golf. Deux poids, deux mesures. Kyungu Mutanga a un signe particulier: il fait partie du petit cercle des « amis » de l’ex-président « Joseph Kabila ». Et ce au même titre qu’un certain « général » John Numbi Banza.

Le colonel John Tshibangu mérite bien l’appellation de « patriote ». Il est le premier officier supérieur congolais de souche qui osa s’élever non seulement contre les « irrégularités » ayant émaillé l’élection présidentielle du 28 novembre 2011 mais aussi la « félonie » de « Joseph Kabila ». Congo Indépendant a consacré plusieurs articles sur ce sujet. C’est bien dommage que ce valeureux fils du pays n’ait pas pu atteindre ses objectifs.

Depuis samedi donc, Tshibangu se trouve au Centre catholique Nganda, situé dans la commune kinoise de Kitambo. Cette information aurait été donnée par l’avocat Alain Tshisungu, un de ses conseils.

Selon des sources familiales, « John » avait reçu, en date du 1er novembre dernier, l’autorisation de sortie n°158 revêtue de la signature du directeur de la prison militaire de Ndolo, le colonel Flory Manga Bakafwa Bundu.

En dépit de ce « sauf-conduit », l’officier n’a pu franchir la porte de ce pénitencier. Contre son gré. On a assisté à une sorte de jeu de ping-pong entre l’auditeur général des Fardc, le très sulfureux général Timothée Mukuntu, et le président de la Haute cour militaire. Chacun imputait la responsabilité du « retard » à l’autre.

Le « général » Delphin Kahimbi

L’assignation de John Tshibangu à résidence est considérée comme un « bon signe » par ses proches. L’homme aura ainsi l’occasion de recevoir des soins nécessités par la torture tant morale que physique subie à l’ex-Demiap où trône encore le très kabiliste « général » Delphin Kahimbi.

Le dossier Tshibangu a valeur de test pour jauger l’autorité du président Felix Tshisekedi Tshilombo sur l’armée et les autorités judiciaires. Point n’est besoin de relever que l’ex-président « Joseph Kabila » suit personnellement cette affaire.

Les anciens camarades du dissident connaissent son professionnalisme. « A tort ou à raison, les adversaires de John Tshibangu sont convaincus que Fatshi pourrait le réhabiliter et lui confier un poste important dans la hiérarchie militaire », confie un analyste des questions de défense joint samedi soir à Kin. Rien ne s’y oppose dans la mesure où l’officier n’a jamais écopé d’une condamnation. Il semble qu’il attend d’un pied ferme son procès.

Malgré son infortune du moment, d’aucuns s’hasardent encore à soutenir que « ce colonel n’est pas n’importe qui… ». Qui est John Tshibangu?

Le colonel John Tshibangu en poste à Kananga

Agé de 54 ans, ancien membre des forces spéciales (Service d’action et de renseignements militaires) sous la Deuxième République, John Tshibangu se trouvait en poste à Uvira, Sud-Kivu, lors de la prise du pouvoir par Laurent-Désiré Kabila. C’était en mai 1997.

Après la rupture entre le Mzee et ses anciens mentors ougandais et rwandais, « John » décide de rejoindre l’ex-mouvement rebelle RCD-K-ML d’Antipas Mbusa Nyamwisi avant d’intégrer les Fardc dans le cadre de la « réunification » du pays en 2003.

Lors des élections générales du 28 novembre 2011, le colonel se trouvait à Kananga, Kasaï Central, où il assumait les fonctions de chef d’état-major de la région militaire du Kasaï.

En juin 2012, c’est la naissance de la rébellion pro-rwandaise du M23 au Nord-Kivu. Au mois d’août, les officiers supérieurs des Fardc sont convoqués « en séminaire » dans la capitale. 

A l’issue de ce colloque, « un général proposa à Tshibangu de convoyer des armes et des munitions à livrer à Goma aux dirigeants du M23 », raconte une source. Tshibangu cru bon d’aller signaler ce fait au « commandant suprême » d’alors, en l’occurrence « Joseph Kabila ». Erreur. Celui-ci l’écouta avec détachement. C’est le point de départ de la dissidence.

Durant son « maquis » jusqu’à son arrestation le 29 janvier 2018 en Tanzanie, l’officier dissident n’a commis aucun crime de sang connu. Transféré le 5 févier 2018 à Kin, il a attendu son procès jusqu’à son assignation à résidence.

L’ex-chef milicien Kyungu Mutanga, alias « Gédéon » lors de sa reddition à L’shi

A titre comparatif, l’ex-chef milicien Kyungu Mutanga, alias « Gédéon », a été appréhendé non pas par les Fardc mais par des éléments de la Mission onusienne. C’était au mois de mai 2006. A la surprise générale, ce seigneur de guerre fut « assigné à résidence » dans le Messe des officiers. Chaque semaine, Urbain Kisula Ngoy, alors gouverneur du Katanga, remettait une enveloppe estimée à 150.000 Fc pour les « frais de bouche » de Gédéon, sa femme et son fils. D’où venait cet argent? Mystère!

Jugé et condamné à mort en 2008 par le tribunal militaire de garnison du Haut Katanga pour crimes contre l’humanité et terrorisme, « Gédéon » avait transformé le Nord Katanga (Mitwaba-Manono-Pweto) en une sorte d’abattoir.

Le 7 septembre 2011, à deux mois de la tenue de l’élection présidentielle, Kyungu Mutanga s’est évadé de la prison de « haute sécurité » de Kasapa. En plein jour.

Coup de théâtre! Le 11 octobre 2016, il a fait reddition en compagnie d’une centaine de ses hommes. L’accueil était digne d’une « star ». Kalev Mutond, alors patron de l’ANR, faisait partie du comité d’accueil.

Questions: le colonel John Tshibangu serait-il plus « dangereux » pour la société que le criminel « Gédéon » passé maître dans l’art de manier la machette? Kyungu Mutanga serait-il « plus Congolais » que Tshibangu? Faut-il nécessairement trahir le Congo et les Congolais pour être admis dans le « petit cercle » des « amis de Joseph Kabila »?

On espère que le président Felix Tshisekedi pèsera de tout son poids pour faire garantir l’intégrité physique de John Tshibangu et sa liberté de mouvement.

 

B.A.W.

5 thoughts on “Justice Militaire: Tshibangu « plus dangereux » que l’ex-chef milicien « Gédéon »?

  1. Il paraît qu’il y a eu une alternance dans le pays dont le coût pour la fêter a été estimé à quelques 6 millions de dollars, qu’un nouveau président a été élu par le peuple, qu’il serait  » complètement président  », et qu’il serait même fait de  » béton  » et même qu’il aurait déjà autorisé la libération de ce colonel…
    Alors une question toute candide. Pourquoi ce colonel n’est toujours pas libre ?
    Le béton est premier gaou ou gnata ? Comment va pas quoi ?
    Toko loba na nkoooooo !!!

    1. # Kiekiekieeee, ndeko Jo Bongos !!!
      « Tshibangu « plus dangereux » que l’ex-chef milicien « Gédéon »?  » On le sait, pour ‘JK’ et les siens cette question ne se pose guère, leurs suiveurs ne sont pas regardés à travers leurs vices ou sur leur dangerosité effective pour le pays. Leur loyauté les dédouane de tout et malheur aux adversaires même quand ils sont des sympathisants de Tshisekedi leur partenaire au pouvoir. Le sinistre ‘Gédéon’ est donc pour le moment du bon côté.
      # Vous avez donc vu juste. Kiekiekieee, ndeko Jo Bongos, la question se pose donc au nouveau PR et se double de savoir si c’est Fatshi/béton ou de Fatshi/bidon ? Le nouveau président est-il en possession de toutes ses prérogatives, use-t-il comme il se devrait de son imperium ? Les fumeux ‘Talibans’ vont vite nous renvoyer à nos rêves qu’ils nous imaginent porter en posant la question qui les agace, comme les rêves imaginaires à un prétendu ‘président élu’ introuvable. Ils peinent à voir l’incapacité de celui qu’ils célèbrent sans conditions : en effet il est plus que flagrant que celui-ci n’arrive pas à faire respecter son autorisation de liberté provisoire à ce pauvre Tshibangu toujours en inculpation jamais condamné…
      La suite…

  2. À propos de l’officier Tshibangu
    KINSHASA – En RDC, le colonel frondeur John Tshibangu a quitté la prison militaire de Ndolo, à Kinshasa, où il était retenu depuis près de deux ans. Selon ses avocats, l’officier, qui avait réclamé, en 2016, du président Kabila qu’il respecte le calendrier électoral, a été placé en résidence surveillée au centre d’accueil catholique Nganda.
    Selon ses avocats, le colonel John Tshibangu est en résidence surveillée au Centre d’Accueil catholique Nganda depuis le week-end. L’officier frondeur pourrait ensuite être transféré dans un lieu qui devra être tenu secret pour des raisons de sécurité.
    On le disait malade c’est pourquoi, en 2016, il avait sollicité une libération conditionnelle. La requête avait été rejetée par la justice militaire qui a finalement opté pour cette solution même si son état de santé s’est, entretemps, amélioré, à en croire ses proches. Et, selon nos sources, le colonel John Tshibangu pourrait, finalement, bénéficier d’une libération conditionnelle, voire d’une mesure de grâce.
    Des informations en notre possession font état de démarches entreprises par le Conseil national de suivi des Accords de la St Sylvestre pour la relaxe de cet officier qui avait, en 2016, déserté pour exiger le respect de la Constitution et la convocation des élections libres et démocratiques.
    La justice congolaise l’avait accusé de désertion à l’étranger, violation de consigne et participation à un mouvement insurrectionnel… John Tshibangu avait été arrêté à l’aéroport de Dar-es-Salaam et livré aux services congolais par la Tanzanie. Il était, depuis, détenu sans jugement.

  3. La naïveté maladive de certains cons…golais et autres Talibans “bena mpuka” devient plus que préoccupante. Se leurrer d’un pouvoir protocolaire et presqu’inexistant dépasse l’entendement de tout observateur lucide. Et dire que dans ce Gondwana Republic tout le monde veut être appelé “honorable”, “excellence”, … OYO MBOKA YA NDENGE NINI?

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