Patrick Yogo: « Durant 60 ans, Nous avons oublié l’essentiel… »

Agé de 46 ans, « belgo-congolais », cadre dans un groupe belge spécialisé en matière chimique, Patrick Yogo Mazando – qui n’est pas un inconnu pour les lecteurs de Congo Indépendant – n’a guère vécu l’époque coloniale. N’empêche. A l’occasion de la commémoration du 60ème anniversaire de la proclamation de l’indépendance de l’ex Congo-belge, il jette un regard critique sur la manière dont les Congolais ont géré leur pays au cours de ces soixante années. Qu’avons-nous fait de ces soixante années d’indépendance? Pour Yogo, les Congolais se sont fourvoyés en croyant que l’indépendance se limitait à occuper la place abandonnée par le pouvoir colonial. « Ils ont oublié l’essentiel », résume-t-il. L’essentiel, pour lui, c’est la consolidation de l’Etat et le développement économique et social.

La commémoration du 60ème anniversaire de la proclamation de l’indépendance de l’ex-Congo belge est intervenue dans une ambiance qui n’est pas sans rappeler la crise politique survenue au sommet de l’Etat au lendemain des festivités du 30 juin 1960.

En ce mois de juin 2020 finissant, les Congolais sont atterrés d’assister à des éclats de voix au sein de la « coalition » Cach-Fcc. En cause, les trois textes législatifs controversés initiées par les députés Fcc/PPprd Aubin Minaku et Garry Sakata en vue de « réformer la justice ». Sans omettre, la démarche frauduleuse menée par le ministre de la Justice, Célestin Tunda Ya Kasende, en transmettant les « observations favorables » du gouvernement à la chambre basse… à l’insu du gouvernement. « L’acte posé par ce ministre est constitutif d’insubordination et mérite une sanction », estime Patrick Yogo.

Yogo se dit étonné de la vocation réformatrice tardive de la mouvance kabiliste, alors que celle-ci a eu suffisamment de temps – durant ses dix-huit années de pouvoir – pour conduire des réformes dans le secteur judiciaire. Pour lui, l’explication de l’agitation ambiante est à rechercher dans la volonté exprimée par les magistrats de « fouiner dans le passé ».

FCC-CACH: MARIAGE CONTRE-NATURE

Depuis le 24 janvier 2019, « Patrick » est resté sceptique face à ce coalition Fcc-Cach qualifié unanimement de « contre-nature ». Notre interlocuteur fait partie de ceux qui ont acquis la conviction que « l’alternance n’a pas eu lieu » le 24 janvier 2019.

Après avoir examiné la répartition de sièges, il relève qu’aucune formation politique n’a la majorité absolue à la Représentation nationale. « Il y aura toujours de coalition ».

Ulcérés par l’interpellation, samedi 27 juin, du ministre de la Justice, des caciques du Fcc/Pprd ont commencé à clamer leur volonté de voir la coalition Cach-Fcc se muer en une « cohabitation ». Prenant la balle au bond, le secrétaire général de l’Udps, Auguste Kabuya, estime que ce serait l’occasion pour le Président de la République de désigner un « informateur » chargé d’identifier la « majorité parlementaire ». « Ce serait une bonne chose », dit Yogo. Pour lui, le rapport de force pourrait changer si le « Cap pour le changement » parvenait à « attirer » vers lui au moins 91 députés.

L’entretien avec Patrick Yogo s’est déroulé quasiment aux pieds de l’Atomium, ce monument devenu le symbole de la Belgique au même titre que la Tour Eiffel en France. L’Atomium fut inauguré lors de l’Exposition universelle de 1958. C’est à cette occasion que plusieurs « notables » congolais débarquèrent pour la première fois en Belgique.

Les Congolais eurent, à cette occasion, un choc de constater que l’image prestigieux de l’homme véhiculé par la propagande coloniale au Congo n’avait aucune commune mesure avec les réalités. Ils ont été surpris de constater que tous les Belges n’occupaient pas que des positions prestigieuses. Et qu’il y avait des pauvres, des ouvriers et… des prostituées.

« EN 60 ANS, NOUS AVONS OUBLIÉ L’ESSENTIEL »

« Patrick » dit regretter que des Congolais furent exposés tels des animaux au zoo lors de cette Exposition universelle. Pour lui, ce sont des « tristes scènes » difficiles à oublier.

Après le meurtre de l’Américain Georges Floyd par un policier, on assiste, à travers le monde, à une campagne contre les monuments qui évoquent l’esclavagisme et le colonialiste. A Bruxelles, des voix se sont élevées pour « déboulonner » les monuments du Roi Léopold II. « Patrick » a un avis nuancé. « Il serait contraire à l’Histoire d’enlever ces monuments qui servent justement à montrer aux générations futures ce que l’homme a fait à son semblable ». L’idéal, selon lui, serait qu’on prévoit une plaque explicative à côté de chaque monument.

Qu’avons-nous fait de nos soixante ans d’indépendance? Pour ce Belgo-Congolais, les Zaïro-Congolais « ont oublié l’essentiel » en croyant que l’indépendance se limitait à occuper la place laissée par « l’homme blanc ». « Nous avons occupé les villas et les limousines en oubliant l’essentiel », souligne-t-il avant d’énumérer les services sociaux de base: santé, éducation, eau, électricité, infrastructure. « Soixante années après son accession à l’indépendance, le Congo-Kinshasa peine à devenir un Etat efficient capable d’assurer la défense de son territoire ainsi que la sécurité des personnes et des biens », conclut-il en espérant que « tous ces échecs permettront à la nation congolaise de se projeter dans le futur ».

 

B.A.W

10 thoughts on “Patrick Yogo: « Durant 60 ans, Nous avons oublié l’essentiel… »

  1. Afin de dégager une nouvelle majorité parlementaire, il faut nécessairement faire passer le FCC en dessous des 250 sièges à l’Assemblée nationale pour lui ôter la prérogative de contrôler l’adoption des motions contre le gouvernement ou les membres de celui-ci; l’adoption des projets de loi du gouvernement et des propositions de lois des Parlementaires (Sénat et Assemblée nationale confondus). Prérogative qui requiert 50% des voix que le FCC a largement pour le moment.
    L’arithmétique parlementaire idéale donnerait alors ceci :
    FCC minorisé : 246 sièges 49,20%
    Débauchage du FCC : 91 sièges 18,20%
    CACH : 48 sièges 9,60%
    LAMUKA / Opposition : 115 sièges 23,00%
    Total Ass. Nationale : 500 sièges 100,00%
    La prochaine majorité parlementaire se ferait donc en coalition avec LAMUKA/Opposition et les partis progressistes qui auront quitté le FCC sur base d’un programme de réformes et de gestion des affaires courantes.
    Le FCC sera de facto et de iure renvoyé dans l’Opposition.
    Le Premier ministre sera alors choisi au sein de cette nouvelle majorité pour se conformer à la Constitution.
    Et le gouvernement sera formé en tenant compte du poids parlementaire (nombre de sièges) des divers partis politiques composant la majorité sur un programme de réformes des institutions notamment réforme de la C.E.N.I.
    Ainsi toute tentative pour relancer des élections
    -Soit par mise en accusation et condamnation éventuelle du Président de la République par le FCC qui garde la main sur le Sénat pour ce faire,
    -Soit suite à une dissolution de l’assemblée nationale proclamée par le Président de la République pour diluer définitivement le FCC
    Toute tentative qui conduirait à des élections avant terme pourra se faire en toute transparence et en toute vérité attendues depuis toujours par la nation congolaise.
    Aux vrais politiciens d’exercer l’art de la Politique…

  2. Mon cher Patrick Y,
    Les vrais politiciens d’exercer l’art de la Politique n’existent plus au Congo. Aussi, vous semblez oublier le deal signé par Tshilombo et les rwandais. Il a la corde au cou. Lui-même sait qu’il ne peut rien faire. Il a les mains liées. Il sait comment il est arrivé au pouvoir. Les autres aussi. Raison pour laquelle les autres ne ratent pas une occasion de se moquer de lui. Et de nous tous, en même temps.
    Après tout, les voyages en jet privé, les hôtels de luxe, le tapis rouge et l’argent…. tout cela est très confortable. On s’y habitue très vite.
    Pourquoi ne démissionnerait-il pas en dénonçant ce deal ?
    Tokolela na munoko ya mboka !

    1. Démissionner, c’est laisser la main au FCC pour organiser des élections anticipées avec leur président du Sénat comme Président Ad Interim et une C.E.N.I. non encore réformée. C’est aussi précipiter la mise en accusation du Président démissionnaire…
      Mauvais choix tactique pour lui comme pour nous tous.
      Il faut renvoyer le FCC dans l’Opposition.
      Pourquoi dire que les vrais politiciens n’existent plus au Congo. Ne faites-vous pas partie des vrais politiciens par vos analyses?

  3. Merci bien Patrick. Il est permi de rever! Voici mon avis pour cette question: 1. Pourquoi voulez vous que le fcc soit minorise alors qu’il est l’allie du cach? 2. Le debauchage du fcc par cach est IMPOSSIBLE. C’est le contraire qui peut se faire. Demandez au MLC, il en sait quelque chose. D’ici le debut des elections cach risque de se retrouver avec 30 sieges car les deputes de l’ UNC vont quitter le bateau cach et la coalition elue Lamuko peut arondir son cercle. L’udps- cach ne peut pas initier un programe de reforme, ils n’ont personne pour le faire et le temps passe vite, ils n’ont pas des strateges, voila pourquoi il faut abandonner le reve de diluer le fcc. L’espoir c’ est Lamuka. En rdc il faut avoir de l’argent pour corrompre les electeurs, pas le programe. Thanks sir.

    1. Ne nous imposons pas de limite à nous-mêmes.
      Ce que nous pouvons concevoir, nous pouvons le réaliser.
      Impossible jusqu’à ce que ce soit possible…

    2. En réponse à votre avis 1. Le FCC souhaite faire endosser la responsabilité de la ‘malgouvernance’ de cette administration par CACH. Démonstration faite lors du procès sur le programme d’urgence, programme qui s’est fait alors qu’ils étaient déjà alliés bien que sans gouvernement coalisé. Mais seul CACH en a payé cash les travers.
      -Sous peu le FCC va donc se désolidariser de CACH et tenter de son côté de débaucher d’autres alliés qui ne se trouveront nulle part ailleurs que dans l’Opposition (avec un embarras du choix comme vous l’insinuez vous-même).
      -Quant à votre avis 2. Le débauchage de quelques partis du FCC par CACH n’est pas si impossible que ça car en politique on aura tout vu, n’est-ce pas?
      -Mais le gros des partis qui quitteront le FCC vont d’eux-mêmes faire défection non pas pour rejoindre CACH mais pour paraître neutres afin de survivre, quelle que sera la suite des événements: nouveau gouvernement, nouvelles élections, etc.
      -Enfin une majorité parlementaire c’est au moins 250 sièges. LAMUKA n’en a que 115, il devrait donc trouver 135 députés. Où va-t-il les trouver si ce n’est dans CACH et les ex-FCC?
      CACH ne peut que faire amende honorable et faire un ‘deal’ avec LAMUKA pour faire face au FCC qui a juré de l’éliminer du paysage politique avant le terme du mandat de 5 ans.
      Quant à la corruption, l’argent achète-t-il tout, tout le temps? Non.
      Si c’était le cas le candidat du FCC aurait été proclamé Président de la République.
      Ne nous imposons pas de limites à nous-mêmes, c’est une forme d’esclavage consenti. Alors que le monde entier juge qu’il est temps de faire tomber les chaînes mentales.

  4. Cher Patrick. Je vis dans un pays europeen, l’Angleterre, ou on reve moins en politique et la je vois que vous revez. Pourquoi faire des manoeuvres, des calculs et des statistiques juste pour sauver ou aider la coalition Cach si la population peut voter sur base du bilan? Qu’est ce qui vous rassure que cach va faire mieux car pour le moment c’est un echec. Les amateurs en gestion, amis de Felix ont montre leur limite. L’echec du programme de cent joirs peut il etre incombe au fcc? Non. 2023 avance, les congolais vont faire leur choix. Le fameux deal de votre Felix avec le diable va precipiter sa chutte libre. Le cach payera le prix de sa trahison.

  5. Cher Patrick Y,
    Je suis d’accord avec vous. Il est temps de faire tomber les chaînes mentales. Mais ces chaînes sont nourries par des comportements déviants ou pathogènes, quelques fois. Dans le cas de notre pays, l’argent constitue l’élément essentiel autour duquel se construisent les prisons mentales.
    Regardez Tshilombo. Qui aurait cru de 2006 à 2016 qu’il serait capable de s’allier avec ces tueurs rwandais ? Qui aurait pu imaginer qu’un jour, le fils de Papa Etienne Tshisekedi allait nous présenter ce kabila comme son  » frère  » et  » partenaire  » ? Qui ?
    Il a trahi les congolais et le Congo. Pour assouvir ses propres errances et les besoins de sa famille et amis.
    Je le répète encore une fois ici : le duo Kamerhe et Thsilombo était la PIRE des choses qui pouvait arriver au Congolais et au Congo. On le voit, on le vit actuellement. S’il veut sauver ce qui reste à sauver, c’est d’abord à lui de rompre la chaîne qu’il porte autour du cou. Qu’il dénonce son pacte diabolique avec ces gens. Qu’il appelle le peuple à récupérer sa dignité. Il ne peut le faire qu’en quittant la présidence. Le soldat Tshilombo doit sauver le président Tshilombo. Akoma yuma boye ndenge nini ? Kala azalaka boye te…ça fait mal de le voir dans cette position. Je suis en colère !

  6. Le changement de la condition de vie de nos soeurs et mères, de nos pères et frères et surtout de notre postérité tient au vouloir de deux personnes qui peuvent influencer les 1440 ‘élus’ du peuple qui peuvent modifier voire manipuler à loisir les règles qui régissent la RDC.
    Attendre les prochaines élections pour juger leur bilan dans les conditions actuelles, c’est comme demander à des écoliers de se donner à eux-mêmes des notes de fin d’année scolaire. Pourront-ils vraiment échouer dans une seule discipline ?
    Les responsables politiques, tous les responsables politiques doivent assumer leur bilan. Leur mission est le bien-être de la nation qu’ils représentent et pour laquelle ils prennent des décisions. 60 ans d’indépendance et considérez la vie du plus grand nombre de nos soeurs et frères… Attendrons-nous une énième élection pour sanctionner ces responsables politiques ? Cette sanction changera-t-elle la condition de vie de nos semblables ?
    Demain sera la suite logique de ce que nous aurons fait, ou pas fait, d’aujourd’hui.
    « You may say I’m a dreamer », chantait John Lennon,…

  7. Tout le monde veut, espère et appelle le changement. Mais quand on demande à chacun d’être le changement qu’il souhaite (dixit Gandhi), il ne reste plus grand monde…
    C’est vrai que les politiciens font certains choix pour des raisons parfois inavouables et triviales. (Certains avaient même déclaré l’autonomie de leur province d’origine parce qu’ils n’avaient pas eu le poste ministériel voulu au pouvoir central, dit-on). Et ils sont persuadés que les prétextes qu’ils avancent convainquent la nation tout entière.
    La plus grande fausse manoeuvre est d’avoir cru duper le chef du FCC, les collègues de l’Opposition, et bien sûr le peuple en concluant ce deal soi-disant pour que le pays ne soit pas à feu et à sang…
    Aujourd’hui nous sommes tous sur le même diapason: il ne faut plus laisser le FCC aux commandes de notre pays à tous.
    La prochaine session ordinaire parlementaire sera de tous les dangers si tant est que la Justice ait les coudées franches de toute entrave…

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