Consulat général du Congo-Kinshasa à Anvers: Fermera, fermera pas?

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Près de deux mois après l’annonce fracassante, par les autorités diplomatiques congolaises, de la « fermeture » du consulat général du Congo-Kinshasa à Anvers, en Belgique, cette représentation diplomatique continue à fonctionner comme si de rien n’était. Et pourtant. Le personnel tant diplomatique que contractuel est en plein désarroi. Cette situation n’est pas la première du genre. Le 13 janvier 2009, Alexis Thambwe Mwamba, alors ministre des Affaires étrangères, avait signifié à l’ambassadeur néerlandais la fermeture de la mission diplomatique congolaise à La Haye. Neuf ans après, le personnel, abandonné à son triste sort, attend toujours l’arrivée à Bruxelles de l’avion affrété, promis par ce ministre, pour assurer le rapatriement.

Selon des sources bien informées, Louise Nzanga Ramazani, consule générale du Congo-Kinshasa à Anvers, a regagné Bruxelles jeudi 22 mars. Très proche du couple « Kabila » et de l’actuel chef de la diplomatie congolaise Léonard She Okitundu, la diplomate – qui serait pressentie pour un poste d’ambassadeur dans un pays asiatique – revenait de Kinshasa.

André-Alain Atundu Liongo

« Que fait-elle encore en Belgique? », c’est la question qui se murmure dans certains milieux diplomatiques belges. Ici, on peine à comprendre que le gouvernement congolais tarde à exécuter effectivement la mesure de fermeture du consulat général de son pays à Anvers. Une mesure prise, par ailleurs, par Kinshasa « au nom de la souveraineté et de la dignité de notre peuple », déclarait André-Alain Atundu Liongo porte-parole du secrétariat général de la mouvance kabiliste. C’était le 6 février dans le cadre de l’émission « Dialogue entre Congolais » de Radio Okapi.

En dépit de ce discours pseudo-nationaliste, rien n’a changé au consulat congolais à Anvers. « La mission diplomatique continue à délivrer des visas au grand jour comme si de rien n’était », confie un membre d’un personnel impécunieux qui accuse plusieurs mois de salaires impayés. « Les membres du personnel attendent désespérément de recevoir des éclaircissements sur le sort qui leur sera réservé », ajoute notre interlocuteur.

« INTOUCHABLE »

D’après une autre source, le consulat a cessé depuis belle lurette de délivrer des passeports ordinaires ou des tenant-lieu de passeport. « Le consulat général reste redevable du ministère des Affaires étrangères d’un montant d’un million d’euros représentant les recettes de vente de passeports. C’est pourquoi, la Centrale a suspendu l’envoi d’un nouveau lot de passeports jusqu’au règlement de ce litige financier », glisse cette source.

Ancien diplomate à Paris et à Ottawa, Louise Nzanga n’est pas n’importe qui. Proche de Marie-Olive Lembe di Sita épouse « Kabila », la diplomate ferait partie des « intouchables ». « Elle a le bras tellement long qu’elle a réussi à ‘amadouer’ des agents de la Direction générale de migration, à Kinshasa, afin qu’ils n’importunent pas les voyageurs en possession de visa délivré par le consulat général à Anvers qui est officiellement fermé depuis le 5 février dernier ».

Alexis Thambwe Mwamba

La situation de cette mission consulaire congolaise n’est pas sans rappeler le précédent survenu à La Haye. En janvier 2009, Alexis Thambwe Mwamba, alors ministre des Affaires étrangères, avait signifié aux autorités néerlandaises la fermeture de la représentation diplomatique congolaise au Pays Bas. Neuf ans après, le personnel diplomatique continue à attendre l’aéronef destiné à assurer le retour au pays. Le dossier est manifestement enterré. L’ancienne chancellerie à La Haye serait squattée par des « SDF ».

Le 10 janvier dernier, le ministre belge de la Coopération au développement, le libéral flamand Alexander De Croo, a annoncé la décision de son pays d’affecter à l’avenir les ressources financières destinées à son aide humanitaire directement aux ONG ainsi qu’aux organisations de la société civile.

UNE « RIPOSTE INSTINCTIVE »

Les autorités belges entendaient manifester leur « mauvaise humeur » suite à la répression sanglante de la marche pacifique organisée le 31 janvier 2017 par le Comité laïc de coordination. « La Belgique doit savoir que le Congo n’est plus une colonie », déclarait « Kabila » lors de sa conférence de presse du 26 janvier. C’est à croire qu’au « nom de la souveraineté » un Etat est en droit de massacrer impunément sa population.

Dans une « riposte » qualifiée d’ « instinctive », le ministère congolais des Affaires étrangères a ordonné – sans que la question ait été délibérée au cours d’une réunion du conseil des ministres – la cessation immédiate des activités de l’agence belge de développement (ENABEL), la révision à la baisse du nombre de vols de la compagnie aérienne Brussels Airlines vers Kinshasa et la fermeture illico presto des représentations consulaires belges à Goma et Lubumbashi.

Léonard She Okitundu

Pour les « initiés », cet oukase émanerait directement de « Joseph Kabila » et de son « gouvernement de l’ombre » qui conduit de manière effective la politique de la nation; l’équipe dirigée par le Premier ministre Bruno Tshibala ne faisant que de la figuration.

Près de deux mois après l’annonce théâtrale de la fermeture du consulat congolais à Anvers, « Kabila » et son ministre des Affaires étrangères Léonard She Okitundu ont donné raison à ceux qui ricanaient du caractère « irréfléchie » de la « contre-attaque ». « Les deux hommes ont agi sans avoir pris le temps d’étudier la faisabilité et surtout les implications au plan humain et financier d’une telle mesure », commente un diplomate.

En attendant, c’est une ambiance de sauve-qui-peut qui règne à Anvers…

 

Baudouin Amba Wetshi
© Congoindépendant 2003-2018

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