Dori Dumbi: « La création d’une plateforme pro-Katumbi clarifie l’échiquier politique »

Ancien secrétaire national adjoint à la communication de l’UDPS, Dori Dumbi avait rejoint Bruno Tshibala Nzenzhe à la Primature. Nommé conseiller, il a claqué la porte quatre mois plus tard. « Dori » se dit très peu surpris par le « pugilat » qui vient de secouer le cabinet de l’actuel « Premier ». Dans l’interview qu’il a accordée à Congo Indépendant, l’homme dissimule à peine un certain regret d’avoir suivi l’ex-secrétaire général adjoint de l’UDPS devenu Premier ministre par « débauchage ». D’après lui, il a été « contraint » par des « combattants »…

Comment pourrait-on vous présenter aujourd’hui?

Je me présente toujours en tant qu’ancien secrétaire national à la Communication et porte-parole de l’UDPS. C’est ma famille naturelle. Pour le moment, je dirige un micro-parti dénommé « Rassemblement du peuple congolais ».

Sur le plan idéologique, dans quelle « famille » pourrait-on classer cette nouvelle formation politique?

Je suis ce que j’ai toujours été. C’est-à-dire, un social-libéral.

Un libéral de gauche…

Effectivement! D’ailleurs, j’ai été membre du parti libéral francophone belge (MR) avant de rejoindre l’UDPS. Je suis resté fidèle à cette philosophie bien que l’UDPS se réclame de la social-démocratie.

Comment avez-vous accueilli la démission du directeur de cabinet à la Primature Michel Nsomue qui ne fait guère partie de vos amis…

Ce n’est nullement une surprise. Il fallait s’y attendre. Mon seul regret est que cette démission soit intervenue six ou sept mois après la pétition que j’avais initiée à son encontre.

Que reprochiez-vous au « dircab » Michel Nsomue?

J’estimais que lui et son patron sont des incompétents.

Par « patron », voulez-vous dire le Premier ministre Bruno Tshibala?

Absolument! Les deux hommes n’avaient pas mesuré l’ampleur de la tâche qui les attendait tant pour le pays que pour la population congolaise. C’est un gâchis. Je suis arrivé à la Primature après avoir fait le constat que l’Accord de la Saint Sylvestre entrainait le pays dans une impasse. Normalement, Tshilombo était notre candidat au poste de Premier ministre. Tout le monde savait que je soutenais « Félix » [Tshisekedi]. Suite à cette impasse, il fallait qu’on avance pour qu’on arrive aux élections. Lorsque Monsieur Tshibala a été débauché, il m’a invité d’aller le voir. Il m’a promis qu’il allait mettre en œuvre l’Accord. Et qu’il allait rapatrier le corps du président Etienne Tshisekedi wa Mulumba. C’était à ces conditions que j’ai pris la résolution de faire avancer les choses. Il m’avait promis de me faire entrer au gouvernement pour participer à la mise en application de ces actions.

Combien de temps avez-vous passé au cabinet du « Premier » actuel?

Quatre à cinq mois

A partir de quel moment avez-vous constaté son « incompétence »?

Je veux dire, deux mois après. Après la formation du cabinet, j’ai constaté que le Premier ministre était d’une incompétence criante.

Un exemple?

Il n’a jamais tenu une réunion avec ses conseillers. Il n’a jamais donné des directives de travail aux membres du cabinet. Le directeur de cabinet, mêmement. Quand j’allais le voir pour parler d’un dossier, il me ramenait toujours à Tshilombo [Félix Tshisekedi].

C’est-à-dire?

J’ai eu l’impression que j’étais sa « caution » par rapport à Tshilombo. Il croyait que j’étais toujours en contact avec « Limete ». Et qu’à travers moi, il pouvait obtenir des informations.

Avez-vous des contacts avec Félix Tshisekedi?

(Rires). Je ne veux pas parler de lui. Dans le contexte politique actuel, je ne voudrais pas parler de lui de peur que je place un mot malencontreux. Toutefois, je peux vous dire que je n’ai jamais eu de différends avec « Tshilombo ».

A vous entendre parler, on sent pointer un certain regret d’avoir quitté « Félix » au profit de Tshibala…

Non! Je regrette plutôt d’avoir été à la Primature avec Bruno Tshibala. Je le regrette parce que j’ai été trompé. J’ai eu en face de moi, un homme « séduisant » qui trainait derrière lui de nombreuses années passées aux côtés du président de l’UDPS. J’avais un a priori positif par rapport à Monsieur Tshibala. Je me suis dit que l’homme avait sans doute « quelque chose » de constructif en lui. Je m’étais trompé. En fait, l’objectif de Monsieur Tshibala était de détruire l’UDPS. Son unique ambition était de travailler pour lui et sa famille. Au mois d’octobre dernier, j’ai initié une pétition.

A quel dessein?

Cette pétition demandait au Premier ministre de démettre son directeur de cabinet.

Contre toute attente, c’est vous qui avez été viré…

« Viré », ce n’est pas le mot adéquat parce que j’étais déjà « parti ». Sans fausse modestie, l’avenir a fini par me donner raison.

« Avoir raison trop tôt, est un tort », dit la sagesse populaire…

Exactement! Mon départ de la Primature a été une chance énorme. Mes proches pensent le contraire. D’aucuns pensent que j’aurai dû y rester et mener le « combat » en interne.

Que pensez-vous de ceux qui soutiennent que Tshibala est disqualifié en tant que Premier ministre?

Bruno Tshibala n’a jamais été qualifié pour assumer la fonction de Premier ministre.

Il a donc perdu toute crédibilité…

Est-ce qu’un « débauché » peut avoir de la crédibilité?

Vous étiez pourtant ensemble…

Avais-je de la crédibilité? Absolument pas! Je vais vous dire quelque chose qui va peut-être vous étonner. On nous dit que l’exécutif actuel est un gouvernement d’union nationale. C’est faux! C’est un gouvernement du président Kabila. A preuve, les autres partis de l’opposition n’y font guère partie. L’idéal pour le pays serait que le Président démette l’actuel Premier ministre. L’Assemblée nationale devrait interpeller ce dernier et son directeur de cabinet sur la destination donnée à plusieurs millions de dollars de la Primature.

Quel est le facteur déclencheur qui vous a poussé à rallier le « camp Tshibala »?

J’ai été agressé par des combattants à la résidence du président Etienne Tshisekedi. Mes agresseurs me reprochaient d’avoir rencontré Tshibala. J’ai écrit au secrétaire général Jean Marc Kabund ainsi qu’au président Félix Tshisekedi pour leur faire part de mon indignation. Je n’ai pas senti leur soutien

D’aucuns vous reprochent une certaine incohérence consistant à immoler aujourd’hui ce que vous adoriez jadis. Que répondez-vous à ceux qui disent que cette incohérence a fini par brouiller votre image?

Je suis conscient du fait que mon départ de « Limete » a peiné beaucoup de gens. Moi-même y compris. Certains m’ont dit: » Tout le monde pouvait quitter mais pas vous ». J’assume la responsabilité. Quand j’étais à la Primature, Tshibala scrutait toutes mes interventions au niveau des médias. Je peux vous dire que je n’ai jamais pris à parti la « maison familiale » [Ndlr: Limete] qui m’a appris à faire la politique au Congo. Il m’a été reproché d’avoir dénoncé « l’opposition caviar » qui se promène dans des jets privés.

Faisiez-vous allusion à Moïse Katumbi?

(Rires). N’allez pas vite en besogne

Dans une intervention à l’émission « Deux sons de cloche » de la RTNC, vous avez même lancé: « Moïse Katumbi n’a jamais été ma tasse de thé! »

Exactement! Des gens ont pensé que je m’en prenais à « Félix ». Ma réponse est: Non! En fait, je n’ai jamais cru au « Rassemblement ».

Vous parlez bien du « Rassemblement des forces politiques et sociales acquises au changement » qui a vu le jour en juin 2016 à Genval?

C’est bien cela.

Quels sont les griefs que vous formulez à l’encontre de cette plateforme politique?

(Rires). Il y avait du bon grain et de l’ivraie. C’était un rassemblement contre-nature.

Etes-vous en train de dire que le président Tshisekedi wa Mulumba a été mal inspiré de prendre la main tendue de Moïse Katumbi et du « G7 »?

Le chef n’a jamais tort. Ce sont ses collaborateurs qui devaient éclairer sa décision. Ce n’est pas le président Etienne Tshisekedi wa Mulumba que je connais qui est allé chercher Moïse Katumbi. J’imagine qu’on lui a présenté un projet. Celui-ci semblait cadrer avec son combat. Quand on a voulu restructurer le Rassemblement, je me suis battu au sein de l’UDPS pour empêcher cette « réforme ». Le président Félix pourrait vous le confirmer. J’avais même fait des contre-propositions à Peter Kazadi. Nous avons été dupés par ceux-là qui avaient cru qu’ils allaient phagocyter l’UDPS. Suivez mon regard

Vous avez utilisé précédemment le vocable « débauchage » en parlant de la nomination de Bruno Tshibala au poste de Premier ministre. En suivant le « débauché » Tshibala, n’avez-vous pas participé au bradage de « l’héritage politique » d’Etienne Tshisekedi?

Nous sommes responsables de ce qui se passe actuellement au sein de l’UDPS. Je ne peux pas me défiler. J’ai ma part de responsabilité.

Le 26 novembre 2011, des éléments de la garde prétorienne de « Joseph Kabila » ont canardé des militants de l’opposition en général et de l’UDPS en particulier qui se rendaient à l’aéroport de Ndjili pour accueillir le candidat à la Présidentielle Etienne Tshisekedi. En acceptant d’entrer au gouvernement dit d’union nationale, les cadres de l’UDPS que sont notamment les Tshibala, Joseph Kapika et consort n’ont-ils pas craché sur la mémoire de ces victimes?

Vous êtes mon aîné. Vous maîtrisez sans doute la politique mieux que moi. Mais, je dois vous dire que la politique congolaise est très complexe. Celle-ci n’est pas aussi aisée qu’on pourrait le croire. A cette question, je peux vous répondre par une autre question: Qui avait donné l’ordre de tirer sur ces militants? Qui avait exécuté cet ordre? Je peux vous dire qu’à l’époque, un certain Pierre Lumbi Okongo était le conseiller spécial de Kabila en matière de Sécurité. Votre question est fondamentale. Katumbi était où à ce moment-là? Quand on nous a volé la « victoire » lors de ces élections, ils ont jubilé. Ils ont fêté. En dépit de tout, mon Président a laissé ces gens venir vers lui pour qu’ils fassent un cheminement ensemble vers le renversement de la dictature. Qui suis-je pour aller à l’encontre de cette option? Quand une décision est prise, un collaborateur doit se plier. J’étais à Genval. Je me suis battu modestement. Qui pouvait m’écouter? J’ai vilipendé le Rassemblement sur les réseaux sociaux.

D’aucuns soutiennent que le « Rassemblement » est cliniquement mort. Est-ce votre avis?

Le « Rassemblement » ne peut pas mourir pour la simple raison qu’il n’a jamais existé. A mon avis, le Rassemblement n’a jamais existé ni à Limete ni à Kasa Vubu.

Les partisans et alliés de Moïse Katumbi sont réunis en Afrique du Sud en conclave. L’objectif est de mettre sur pied une plateforme politique pro-Katumbi en perspective de l’élection présidentielle. Devrait-on parler de « divorce » ou plutôt de « séparation de corps » entre les deux piliers du « Rassop » que sont l’UDPS et le G7?

Le conclave qui se tient en Afrique du Sud est une bonne chose pour le Congo et le peuple congolais.

Pourquoi?

Nous allons assister à une clarification de l’échiquier politique congolais. C’est une clarification qui va permettre de faire le départ entre le bon grain et l’ivraie; les affairistes et les autres. Chaque camp va évoluer avec son véritable « ADN ». C’est une chance pour notre frère Félix. Le combat politique sera à l’avenir plus sain.

Des informations difficiles à vérifier font justement état des « contacts secrets » entre « Tshilombo » et le tout nouveau conseiller spécial en matière de Sécurité Jean Mbuyu Luyongola. Votre réaction?

Sans vouloir dévoiler des secrets, il me semble que ce genre de contacts est tout à fait normal. Il n’y a aucun mal. J’ai déjà pris part à ce genre de concertations.

Etes-vous en train de confirmer la matérialité de ces conciliabules?

Je ne confirme rien. Par contre, je ne suis nullement étonné. J’ai déjà été utilisé par les gens du pouvoir pour faire parvenir des messages à la direction de l’UDPS. Pensez-vous que Félix puisse trahir la cause de l’UDPS pour avoir conversé au téléphone avec le conseiller spécial Mbuyu? Ma réponse est: Non! Nous avions l’habitude d’échanger avec les « gens d’en face ». J’y compte même des amis. C’est tout à fait normal que les responsables politiques continuent à se parler.

Si c’était à refaire, iriez-vous suivre Bruno Tshibala?

Absolument pas!

 

Propos recueillis par Baudouin Amba Wetshi © Congoindépendant 2003-2018